L’esprit de ma grand-mère m’a rejointe sur le Gange

L’esprit de ma grand-mère m’a rejointe sur le Gange

C’est lors d’une douce matinée d’octobre 2012 sur les rives du Gange que j’ai vécu une matinée particulièrement troublante et terriblement bouleversante.
En compagnie de Pascale, une amie, je fais une « croisière » sur le fleuve sacré entre Calcutta et Bénarès.

Croisière sur le Gange

Ça se fait ça, de naviguer sur le Gange ?

A bord du R/V Bengal Ganga, nous sommes une trentaine de privilégiés à voguer sur les eaux troubles, sacrées, souillées mais pures, de ce fleuve mystique et mythique.
Notre embarcation, magnifique bateau de style colonial, à la décoration raffinée et d’une propreté éclatante est un véritable petit bijou flottant.

Un vaste pont supérieur ombragé nous accueille pour les séances de méditation matinale et pour la détente. C’est l’endroit parfait pour s’accorder de longs moments de plénitude face aux paysages enchanteurs et à la vie des villageois sur les berges, un véritable spectacle.

Prendre la mesure du caractère sacré du Gange tout en glissant sur ses eaux calmes, m’a enrichie et apaisée. 

Croisière sur le Gange

Croisière sur le Gange

Croisière sur le Gange

Non, non, je ne suis pas une agence de voyages qui fait sa pub, c’est simplement que j’ai un souvenir incroyable de ce voyage, il restera gravé en moi à jamais !

Alors, revenons au Gange et au mystère de l’esprit de ma grand-mère qui serait dans les parages !

Chaque jour après une nuit de navigation, nous descendons sur la rive où, souvent, un point de débarquement précaire est aménagé de manière très artisanale.
En équilibre sur notre ponton en bois amovible, nous quittons doucement mais surement l’annexe qui nous a mené de notre habitation flottante, sur ces terres peu explorées.
Ensuite nous partons, soit visiter une ville, soit un village à vocation agricole.

Croisière sur le Gange

Aujourd’hui, nous sommes dans la province de Murshidabad, proches de la frontière avec le Bengladesh et nous allons découvrir un village agricole. Il se situe légèrement en retrait, au sein d’une végétation luxuriante, agrémentée de nombreux palmiers. Nous déambulons sur un chemin en terre et traversons une rizière.

Les portes du village s’ouvrent à nous et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas très peuplé ! Nous ne bénéficions pas du comité d’acceuil habituel lors de nos autres débarquements où nous sommes source de curiosité de la part des villageois, et c’est tant mieux ! Nous croisons juste quelques chèvres et vaches qui nous regardent marcher.
De part et d’autre du chemin, une haie d’étendage de saris tous plus colorés les uns que les autres.

Province de Murshidabad

Province de Murshidabad

Province de Murshidabad

Province de MurshidabadCroisière sur le Gange

 

Coup de folie sur le Gange…

Deux participantes du groupe se photographient régulièrement… heu, très régulièrement… heu, tout le temps en fait (!), en toute circonstance et devant la moindre feuille d’arbre.
Toutes les deux se prénomment Chantal, nous les surnommons donc les Chan-Chan !!!

L’une d’elles se hasarde dans l’herbe haute et… marche malencontreusement sur une bouse de vache sacrée… Horreur ! Drame interplanétaire, les énergies se bousculent ! Shiva prend un sacré coup derrière les oreilles !
L’esprit destructeur de la sorcellerie hindoue s’est abattu sur une des Chan-Chan ! Son karma va basculer du côté obscur de la force !

Bref, finalement son karma ne semble pas plus perturbé que ça. Elle repère une petite fontaine à pompe, tout en pierre. Elle actionne le mécanisme pour faire couler le filet d’eau et se rincer le pied. Subitement elle s’interrompt, interpelle la 2èmeChan-Chan, prend la pose devant la fontaine avec son pied merdeux et avec tout l’aplomb de « la divinité de la terre », vocifère un « PHOTO ! » en guise de reproche à son acolyte qui n’a pas pensé d’elle-même à shooter ce moment mémorable !

Pendant que la Chan-Chan dévouée prend la précieuse photo, avec Pascale nous partons dans un fou-rire qui sera notre leitmotiv durant le reste du voyage.

Bienvenue dans l’antre de Shiva…

Bon, je m’égare… Mine de rien, nous avons quand même investi ce village pour découvrir un ensemble exceptionnel de temples bengalais dédiés à Shiva.

Ils sont reconnaissables grâce au trident qui s’élance vers le ciel, au sommet de leur dôme.

A quelques encablures du 1ertemple, nous remarquons une petite bicoque en bois devant laquelle une vieille indienne est assise en tailleur. En fait, elle est en train de travailler… oui, elle travaille en surveillant une large étendue saturée d’une multitude de grains de riz en cours de séchage.

La vieille indienne reste devant toute la journée, elle est en charge d’écarter et de faire fuir les oiseaux et autres bestioles attirés par ces grains.

Murshidabad

Nous longeons quelques maisons construites de bois, plaques de tôle ondulée et bâches en plastique déchirées. Pour nous, occidentaux, cela ressemble à des abris de fortune, mais pour ces villageois, ce sont des maisons chaleureuses avec le confort nécessaire pour y abriter une ou plusieurs familles.

La vie et rien que la vie !

D’ailleurs, pour rebondir sur l’aspect chaleureux de cet environnement, j’assiste à une scène de vie magnifique et touchante…

Plusieurs femmes de tout âge et enveloppées dans leur sari coloré, sont rassemblées devant un abri en bois. L’une d’elles tient dans ses bras un tout jeune bébé. Quand je dis tout jeune, c’est qu’il vient vraiment de naître, il n’a que quelques heures d’existence !

Il est, naturellement, le centre de toutes les attentions. Ces femmes se tiennent là, autour de lui, à discuter, rire, piailler, s’émerveiller, se regarder, admirer le nouveau-né et faisant fi de notre présence pourtant très proche.

C’est une scène assez surréaliste et limite voyeuriste car, l’espace d’un instant, j’ai l’impression d’avoir un œil intrusif dans cette attendrissante scène pleine de vie, où je suis (les autres membres du groupe sont passés et n’ont pas relevé la beauté du moment) d’une passivité et d’une curiosité déconcertantes.

Quoi qu’il en soit, ces femmes sont très belles devant ce nouveau-né choyé.

Province de Murshidabad

Embarquement immédiat pour une spiritualité en 1ère classe !

Nos pas nous mènent enfin devant les 4 temples, Char Bangla Temples. Ils se dressent majestueusement sur 3 arcs soutenus par des piliers mesurant moins d’un mètre jusqu’au 1erétage. Leur hauteur totale est de 5,50 mètres. Ils furent construits en terre cuite du Bengale par Rani Bhavani, la reine de Natore au 18èmesiècle.

Nous pouvons admirer la finesse des ornements. Les briques décorées de puranas hindous (récits tirés de la littérature indienne) et d’épopées offrent une décoration exquise et d’une précision admirable.

Bangla Char Temples

Bangla Char Temples

Bangla Char Temples

Après le plaisir des yeux, à présent celui de l’esprit… Carole-Anne, notre accompagnatrice yoga, nous propose une séance de méditation au coeur des 4 temples, sur les pierres ancestrales et sous les yeux de l’esprit de Shiva.

La voix de Carole-Anne ne tarde pas à me bercer. J’entre dans une sorte d’hypnose, d’état de semi-conscience, mon esprit quitte mon corps.
Notre méditation dans cet environnement mystique fut tout simplement magique, je suis allée à la rencontre de mon âme lors de cette contemplation spirituelle.

Oui, l’espoir existe, même dans une contrée reculée au bord du Gange…

Alors que le groupe se disperse dans le village et au milieu des temples, c’est désynchronisée et déphasée que je pars avec Pascale à la découverte d’un autre temple.

C’est là que nous les croisons. Deux jeunes indiens. C’est assez incroyable de raconter ça, mais peut-être encore sous l’effet décalé de la méditation, je ressens une perception curieuse à leur passage, comme une collision d’âmes

Et chose encore plus curieuse, un de nos accompagnateurs, Shumit surgit de nulle part et, en posant un bras sur les épaules d’un des deux, nous adresse sur un ton enjoué, un « Je vous présente mes amis ! ».

Ni une ni deux, les présentations sont faites avec de chaleureuses poignées de mains.

Sur les bords du Gange

J’avoue que j’éprouve une sorte d’envoûtement pour ces 2 gamins âgés d’environ 14, 15 ans et j’ignore totalement pourquoi…
Ce village dégage décidément une énergie et un fluide magnétique très spéciaux.

Ayan, à la tignasse brune épaisse, porte une petite moustache d’adolescent, un duvet naissant.
Anishek, les cheveux courts, captive par son regard profond, intense et espiègle.

Je leur demande ce qu’ils envisagent de faire de leur vie.

Ayan répond qu’il veut devenir un éminent « doctor » et travailler dans un hôpital.

Anishek, l’air assuré, les 2 pieds bien ancrés dans le sol, me répond « engineer ». Il veut travailler dans la technologie spatiale.

Leur aplomb et leur simplicité me touchent énormément. Je suis heureuse qu’ils se projettent dans un beau projet de vie, surtout que je perçois un parcours difficile et chargé dans leur regard d’enfant qui brille d’intelligence et de malice.

Waouh ! Je me trouve dans un village agricole au bord du Gange, dans la région du Bengale Occidental, proche du Bengladesh et le destin me permet de rencontrer 2 gamins à l’avenir professionnel et social plus que compromis, qui, en l’espace de 10 minutes, donnent une belle leçon de vie et d’ambition.

Le pouvoir surnaturel du Gange…

Sur le chemin du retour vers l’annexe qui nous ramènera au R/V Bengal Ganga, je me sens extrêmement bizarre. Comme l’énorme bulle d’une émotion non identifiée qui chercherait à s’échapper de mon corps. Je suis là, mais je ne suis pas là, ailleurs…

La marche ne fait qu’accentuer cette sensation inconfortable.

Au moment de mettre le pied sur les planches et de quitter cette terre aux pouvoirs divins, je me retourne et aperçois Ayan et Anishek, tout sourire, qui nous ont suivi et agitent leur petite main d’ado pour nous redire au revoir. Je prends place au fond de notre petite embarcation et subitement, éclate en sanglots. Des larmes impossibles à analyser, que je souhaiterais libératrices, mais libératrices de quoi ???

Ce village, sa simplicité, son authenticité, son nouveau-né, ses temples, notre séance de méditation, l’élévation de la spiritualité, la rencontre émouvante et pleine d’espoir d’Ayan et d’Anishek, je me suis laissée happée par un tourbillon d’émotions.

Par contre, j’apprendrai quelques jours plus tard que…

Que me grand-mère est morte précisément lors de ma visite du village… Elle est partie au moment où j’ai éclaté en sanglots…

6 ans plus tard, cela me laisse toujours aussi confuse… même si j’ai ma petite idée sur la signification de l’ensemble de ces faits.

J’éprouve beaucoup de reconnaissance envers la puissance des âmes.

Gange

Gange

Gange

L’aide associative sur les bords du Gange…

Par la suite, j’ai échangé avec Shumit, notre accompagnateur indien, afin de savoir dans quelles mesures il aidait ces 2 enfants.
Il a intégré une association qui « adopte » des villages situés sur les rives du Gange.  L’association passe un accord avec les maires et intervient à 2 niveaux :

Elle achète leurs ordures qui sont par la suite, recyclées. Les déchets sont un véritable problème en Inde, d’une part à cause du coût et d’autre part, culturellement parlant, l’indien n’est pas du tout sensibilisé à leurs conséquences dévastatrices sur l’environnement.
Cette mesure permet également d’apporter des fonds à la commune qui pourra développer son activité agricole, par exemple.

  • L’éducation des enfants.

Les membres de cette association détectent les enfants à potentiel et les accompagne dans leur scolarité.

Par exemple, un élève démontre à la fois une appétence pour l’apprentissage, et des capacités pour s’assurer un avenir prometteur, mais il rencontre des difficultés en anglais.
L’association lui finance l’achat de livres en anglais et l’aide à surmonter ses difficultés précises pour qu’il puisse avancer sur le reste.

Lorsque ces jeunes vont à l’université, ils optent soit pour une fac située dans une grande ville proche de village, soit à Calcutta qui jouit de très bonnes universités.
Ces étudiants ont droit à un prêt bancaire sans intérêt pour poursuivre leur cursus dans les meilleures conditions. Ils commencent à le rembourser au terme de leur scolarité, lorsqu’ils obtiennent un emploi.

Je suis donc bien rassurée sur l’avenir d’Ayan et d’Anishek qui bénéficient de ce programme d’accompagnement ! Une belle vie prometteuse s’ouvre à eux…

Lors de votre séjour en Inde, n’oubliez pas d’ouvrir tous vos chakras, la magie peut opérer à tout instant … ma grand-mère en fut l’incarnation en cette douce matinée d’octobre 2012 sur le Gange !

 

Il y a quelque temps, j’ai déjà écrit un article sur la rencontre avec 2 enfants à Jaipur. Le contexte et surtout LEUR situation sont dramatiquement différentes. 

Je ne peux m’empêcher de mettre le lien de cette croisière, tant je l’ai trouvée fabuleusement ! Je précise que je n’ai absolument aucun partenariat avec cette agence.

Source photo mise en avant de l’article : Flickr – Lensmatter

 

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Cet article a 2 commentaires

  1. Rainbowgirl

    Beau récit de cette journée mystique.
    J’imagine ton trouble en apprenant le décès de ta grand-mère à cet instant précis.

  2. Laurence

    Merci RG !
    Oui, la nouvelle en elle-même et le rapprochement avec le moment vécu ont eu l’effet d’une onde de choc !

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