J’ai été bénie par un moine bouddhiste au Cambodge

J’ai été bénie par un moine bouddhiste au Cambodge

Sur les flots au Cambodge…

Nous sommes le 13 janvier 2015. Bercée par le clapotis du Mékong, fleuve mythique qui traverse une grande partie de l’Asie du Sud-Est, je vogue en eaux Cambodgiennes sur un bras du Mékong, le Tonle Sap River.
En compagnie de ma fidèle acolyte de choc Pascale, nous naviguons sur ces flots paisibles, à la découverte d’une nouvelle culture forte de cette partie de l’Asie, aujourd’hui paisible.

La destination de l’après-midi se situe à environ 60 kilomètres au nord de Phnom Penh, à Kampong Tralach.
Nous allons y visiter le très beau Vihara (ancien monastère bouddhiste) de la pagode Wat Kampong Leu.

pagode Wat Kampong Leu

Protégée du tourisme de masse, cette pagode centenaire isolée au milieu de rizières, dégage une atmosphère calme, sereine, paisible, inspirante. Ce lieu isolé reçoit peu de visites.

La pagode est l’un des derniers vestiges culturels de la région et les différents petits temples centenaires abritent de magnifiques fresques murales, malheureusement altérées.

Les affres du temps, ainsi qu’une autre raison, peu connue, ont contribué à la détérioration de ces peintures…
Pendant la guerre, ce lieu a servi de grenier à sel. Inutile de préciser les conséquences de la corrosion sur les représentations…

pagode Wat Kampong Leu - Cambodge

Nous déambulons entre les temples et les stupas (tombeaux), suivis par quelques enfants venus du village de Kampong Tralach. Joyeux, souriants, un peu sales, ils ne refuseraient pas quelques riels. La consigne est identique à beaucoup de pays… éviter de donner de l’argent aux enfants !

Notre guide nous mène à l’intérieur de la pagode Wat Kampong Leu, un petit bâtiment blanc. Rituel bouddhiste commun à tous les temples… nous nous déchaussons.

Mon regard court le long des murs, attiré par cette jolie décoration de dorures, de voilures colorées, le sol carrelé et recouvert en partie de tapis aux fins motifs.

Au centre, un moine bouddhiste patiente.

Moine pagode Wat Kampong Leu - Cambodge

La cérémonie bouddhiste…

Pour ceux d’entre nous qui le souhaitent, le moine s’adonnera donc à une célébration de bénédiction en nouant le fameux bracelet rouge cambodgien au poignet.
Le pouvoir de ce fil en laine rouge, symbole de chance et de protection, écarte toute énergie négative.

Je suis la seule à m’approcher du moine bouddhiste. Ce moment sera court mais intense spirituellement.

Sans oublier la case « offrande », je glisse 1$ dans le bol doré où une multitude de fils de laine rouge reposent, en attente de rejoindre des poignets inspirés !!!

Agenouillée face à mon bienfaiteur, il me fait signe de tendre ma main gauche. Solennellement et lentement, je m’exécute. Le silence et un certain mysticisme planent autour de nous 2 et m’effleurent.

Le moine susurre un bref enchaînement de prières bouddhistes.
Ces paroles incompréhensibles m’hypnotisent. Très lentement, il me noue le fil de laine rouge autour du poignet gauche tout en déliant ses mantras.

La vocation spirituelle de la prière bouddhiste vise à trouver le bon équilibre mental et émotionnel.

Une fois les 3 nœuds exécutés, le corps légèrement incliné vers l’avant, les mains jointes à hauteur de la poitrine, mon regard se dirige vers le sol.

Le moine bouddhiste se saisit d’un bol rempli d’eau, y trempe une espèce de goupillon vert et m’asperge de gouttes bénites, puis il répète l’opération 3 fois sans cesser ses prières.
Je ferme les yeux, dans une sorte de semi-méditation, l’esprit et mes chakras suffisamment ouverts pour accueillir avec délectation cette bénédiction.

Lorsque les paroles envoutantes meurent lentement dans la bouche du moine bouddhiste, je me lève au ralenti, enveloppée d’une torpeur inexpliquée et salue mon guide spirituel.

Bénédiction moine bouddhiste Cambodge

Bénédiction moine bouddhiste Cambodge

Bénédiction moine bouddhiste Cambodge

Bénédiction moine bouddhiste Cambodge

A la sortie du temple, mon esprit et mon corps, presque dissociés, errent à nouveau parmi les stupas, l’ancien et le nouveau crématorium. Je me sens bien, apaisée, sereine.

Retrouvez un autre moment de pleine spiritualité en Inde, sur les bords du Gange, en cliquant ici !

Kampong Leu Kampong Leu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kampong Leu

Kampong Leu
Ancien crématorium
Kampong Leu
Nouveau crématorium

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Puis sonne le gong du retour… Arrivées au point de ralliement, Pascale et moi découvrons notre nouveau moyen de transport…

Les chars à bœufs…

Les bœufs blancs sont là, à l’ombre, sages, harnachés, ruminants, écartant les mouches de coups de queue indolents et prêts à accueillir les touristes que nous sommes, hilares devant cette nouvelle expérience !

Chars à boeufs Kampong Tralach Cambodge

Chars à boeufs Kampong Tralach Cambodge

Nous montons en binôme sur les chars. La position est assez inconfortable mais drôle. Puis les conducteurs de chars arrivent…

Le nôtre a un âge certain, les cheveux blancs, quelques dents en moins, des yeux à la fois rieurs et chargés d’un lourd passé. Il porte une tunique presque blanche et un krama (foulard traditionnel khmer)… rouge.

Chars à boeufs Kampong Tralach Cambodge

Ni une ni deux, avec notre légendaire sens aigu de l’analyse (!!!), Pascale et moi échafaudons une théorie selon laquelle notre chauffeur a fait partie des révolutionnaires communistes ! Un ancien Khmer Rouge… trahi par son foulard, signe distinctif de l’appartenance aux Khmers Rouges de l’époque.

Nos questionnements, réflexions et argumentations nous ont bien occupées la moitié de la balade.

Notre char ouvre la voie au long cortège qui se meut lentement, à l’image de ce pays où rien ne se fait dans la vitesse et la précipitation.

Les enfants croisés dans le village suivent à pied notre procession. Une petite fille, d’environ une dizaine d’années, cueille sur le parcours quelques fleurs et nous les présente, telle une offrande… contre quelques Riels.

Mais la voix de Benoit notre accompagnateur, résonne encore dans nos esprits d’occidentaux mal familiarisés aux us et coutumes du pays… « pas d’argent aux enfants même s’ils sont mignons et gentils ! ».

Affichant un sourire gêné, nous lui faisons comprendre qu’elle n’obtiendra rien de nous !

Marguerite et le mystère du khmer rouge…

Mais revenons à notre « khmer rouge » …

Donc, brinquebalées dans notre char branlant, au rythme d’un chemin sableux et caillouteux, nous fantasmons sur une supposée et éventuelle vie de turpitude de notre chauffeur durant la guerre civile.

Était-il un membre actif du mouvement communiste ? A-t-il commis des exactions ? A-t-il participé à ces crimes horribles encouragés par le régime politique du dictateur tortionnaire Pol Pot ? Quel fut son rôle lors du génocide cambodgien durant cette période sanglante de 1975 à 1979 ? Ou bien fut-il une de ces innombrables victimes d’un esclavagisme populaire rural ?

Certainement pures affabulations de notre part… Pauvre conducteur de char, s’il savait…

Mais nous avons la chair de poule à l’évocation de ce drame humanitaire qui a décimé plus d’un quart de la population cambodgienne et qui méritera prochainement un  article entièrement dédié à cet enfer inhumain.

Chair de poule vite dissipée lorsque notre chauffeur qui, quoi qu’il en soit, a vécu d’une manière ou d’une autre ces persécutions, invite de son sourire édenté l’une d’entre nous, à s’asseoir à ses côtés et à conduire les bœufs dociles.

Chars à boeufs Kampong Tralach Cambodge

Pascale s’exécute avec entrain et taquine la croupe de l’un des bœufs qu’elle va surnommer « Marguerite » (référence au film avec Fernandel « La vache et le Prisonnier »).
Je prendrai ensuite le relais.

Malheureusement, il n’a pas été possible d’échanger avec notre chauffeur cambodgien car il ne parlait pas un seul mot d’anglais.

Chars à boeufs Kampong Tralach Cambodge

 

Cette balade fut plaisante au sein d’une végétation luxuriante et silencieuse une partie du trajet, puis verdoyante et dégagée à l’approche des rives de la Tonle Sap River.

Kampong Tralach Cambodge

A l’arrivée, notre « driver » tend naturellement la main pour obtenir quelques Riels… Et toujours la voix de Benoit… « pas de pourboire au chauffeur même s’il insiste et pas d’argent aux enfants !! ».

Ok Benoit, mais c’est compliqué de dire non au chauffeur, il fait peine à voir, avec son allure toute frêle. De plus, c’est le seul conducteur qui nous a permis de prendre les rênes du char. Il attend donc une compensation, la main tendue et son regard qui s’est durci.
Benoit vient enfin à notre secours. Il nous rassure et nous informe avoir donné une enveloppe globale pour l’ensemble des conducteurs de char.

J’ai vécu un bel après-midi entremêlé de :

  • La découverte d’un site ancestral, harmonieux et peu visité.
  • Une rencontre spirituelle scellée par la “célébration” de la remise bracelet en laine rouge et la bénédiction du moine bouddhiste.
  • L’approche d’un conducteur de char au krama rouge, symbole de la terrible époque qui plongea le Cambodge dans un bain de sang.

L’esprit encore troublé et brumeux de chacune des minutes écoulées dans une atmosphère harmonieuse et authentique, je rejoins le bateau, enveloppée de la douce lumière orangée d’un soleil qui s’évapore vers l’horizon.

Mékong Kampong Tralach Cambodge

Mékong Kampong Tralach Cambodge

Mékong Kampong Tralach Cambodge

 

 

 

 

 

 

 

 

Et vous, avez-vous déjà vécu la remise du bracelet en laine rouge

béni par un moine bouddhiste au Cambodge ?

 

 

 

 

 

 

 

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