Incomprise au Japon ? Ce n’est pas une fatalité !

Incomprise au Japon ? Ce n’est pas une fatalité !

Découvrir la communication au Japon

Avant de décrypter une des clés de la communication au Japon, je vous présente 2 petites anecdotes amusantes.
Elles illustrent parfaitement la nécessité de préparer son départ pour le pays du soleil levant et de s’informer des codes du comportement sociétal à adopter.

J’ai A-DO-RE mon séjour au Japon ! C’était en 2008 et nous étions entre amis. Un petit périple d’ouest en est, d’Osaka à Tokyo.
Je ne vous apprendrai rien en vous vantant les délices de ce pays, des paysages magnifiques et doux, des villes à la pointe de la technologie ou d’autres restées figées dans la tradition ancestrale, une cuisine savoureuse.

Japon
Quand la tradition côtoie le modernisme

Kurashiki
La jolie petite ville traditionnelle de Kurashiki

Quelques particularités japonaises :

  • Cet aspect adolescent attardé stigmatisé dans les magasins où une multitude de gadgets, de peluches, de figurines, de vêtements flashy à l’allure enfantine.
  • Une politesse exacerbée qui n’en est peut-être pas une, mais plutôt une façon de fluidifier le rapport à l’autre sans s’encombrer d’une quelconque émotion.
  • Oui, vous pouvez faire du bruit lorsque vous avalez votre bol de nouilles. Alors aspirez-les bruyamment et vous montrerez que vous appréciez ce plat.
  • Le japonais a une conception de l’individualité nuancée et il  répond plutôt à une mécanique sociale qui prône la valeur du groupe. Il est très mal vu de se faire remarquer en public, ne serait-ce que se moucher en public ou téléphoner dans un endroit bondé.

Kiddy Land Japon

Takeshita Dori
Takeshita Dori Tokyo

Takeshita Dori dans l'arrondissement de Shibuya - Tokyo

Une autre spécificité : La communication au Japon

Les japonais que j’ai rencontrés n’étaient pas vraiment férus en langues étrangères et surtout pas en anglais.
Comment communiquer avec une personne qui ne comprend ni ne parle l’anglais ?
Bon, j’avoue, mon niveau en anglais n’est pas fantastique, mais je parviens, quoi qu’il arrive, à échanger sur des sujets pratiques, qui permettent de me débrouiller dans n’importe quelle situation.
Par contre, mes notions en japonais sont inexistantes.

Donc, question existentielle : comment obtenir un renseignement dans ce cas de figure ?

Hum… ? Avec des gestes ? en mimant une situation ?

Cas pratique n° 1 : à Kyoto…

Kyoto Tower Hotel

Kyoto Tower Hotel

Il est 21h30, tu veux boire un verre au sky lounge du Kyoto Tower Hotel où tu as une vue fantastique sur la ville. Le bar panoramique est au 10ème étage. Tu cherches l’entrée, tout est désert. 2 ascenseurs face à toi. Et lorsque leurs portes s’ouvrent, tu découvres que tu ne peux monter qu’au 5ème étage… oups !

Question : Que fais-tu ?

  1. Tu tournes en rond à la recherche de l’ascenseur qui te mènera au 10ème étage ?
  2. Tu ressors dans la nuit et tu cherches au hasard la bonne entrée et le bon ascenseur ?
  3. Tu rencontres 3 personnes et tu te dis qu’elles vont t’indiquer la marche à suivre ?
  4. Tu ressors, tu analyses l’endroit où tu te situes, tu tentes de saisir les indications sur les panneaux et tu te diriges tranquillement vers l’entrée principale du Kyoto Tower Hotel où le bon ascenseur t’attend avec impatience ?

Réponse : hum … 3… ???  Biiiiip… Mauvaise réponse !

Et pourtant, nous avons opté pour celle-ci !

Un jeune homme vêtu d’une tenue de serveur et 2 jeunes filles arrivent dans l’antre où nous cherchons désespérément ce que nous ne trouvons pas !
Nous les interrogeons dans un anglais qui nous semble clair et compréhensible : ” Wich way to go to the bar ? ”

Et là… le vide intersidéral ! Ils se regardent tous les 3 et émettent ce petit rire aigu et nerveux qui signifie « je n’ai aucune idée de ce que vous me dites ! »
Puis malheureusement, n’écoutant que notre entêtement et non la raison, nous entretenons un dialogue de sourd.
Nous insistons lourdement pour obtenir une réponse impossible. Chacun de nous se succède face à ces 3  jeunes piégés par notre insistance, et tente de soutirer la précieuse information.

Communication dans Kyoto Tower Hotel Communication dans Kyoto Tower Hotel

Communication dans Kyoto Tower Hotel

Il s’ensuit de grands gestes pour désigner le haut de la tour, des levers de coudes pour mimer « drink », des pointages de doigts vers les ascenseurs, des mains tendues en avant pour compter 10 étages…

Un vrai spectacle de « danse moderne » où 5 français s’agitent dans tous les sens, ponctué de nombreux fous-rires et découragements !
Vue de l’extérieur, la situation doit paraître très cocasse.

Quant aux 3 jeunes japonais, ils nous regardent, nous sourient, parlent et rient entre eux puis s’adressent à nous et nous expliquent des choses incompréhensibles.
Le moment s’éternise, totalement vain. On devine que ces 3 personnes doivent se rendre quelque part, mais ils restent là, et attendent, tout aussi conscients que nous, que cet échange de mots inconnus est stérile.

Japon
Dé-pi-té !!!! !

15 minutes plus tard, nous capitulons…
Nous prenons congé de nos 3 protagonistes qui nous sourient toujours !

Après un âpre débrief, nous arrivons également à une autre conclusion… nous soupçonnons le jeune de feindre la non-compréhension de drink. Il répétait sans cesse “dink ? dink ? Oooooohhhh
(le Ooooooh japonais se prononce avec un léger raclement de la gorge. Il commence avec une intonation grave et finit avec un son plus aigu !).
Nous pensons qu’il cherchait à gagner du temps pour que nous ne prenions pas l’ascenseur. Que l’on renonce à notre envie de boire un verre là-haut et qu’on parte ! Il était tard, il ne souhaitait pas particulièrement remonter pour nous servir !!!

Au final, nous finissons la soirée dans un bar de plain-pied (!), où le patron est heureux de stopper sa musique traditionnelle nippone pour nous passer du Abba… dommage !

Cas pratique n° 2 : à Tokyo…

Métro Tokyo

Il est 22h53, tu es dans le métro et tu dois trouver celui qui te mènera sur la ligne Yamanote (la plus facile à emprunter, elle forme une boucle dans le centre de Tokyo). Tu as le plan sous les yeux, tu le retournes dans tous les sens, mais black-out total, tu bugues ! Les couloirs sont vides. A cette heure-ci, il n’y a quasiment personne. Et puis tu te rends compte que certaines lignes ferment à 23 heures.

Question : Que fais-tu ?

  1. Tu paniques ?
  2. Tu ressors et te tapes 3 km à pied ?
  3. Tu te concentres et cherches un plan placardé quelque part, beaucoup plus grand et plus clair ?
  4. Tu interpelles une jeune fille qui marche vite pour attraper son dernier métro ?
  5. Tu constates quand même, qu’au Japon le métro est propre, moderne, sans aucune dégradation ?

Réponse : hum … 4… ???  Biiiiip… Mauvaise réponse !

Et pourtant, nous avons opté pour celle-ci !

Là encore, grand moment de solitude et d’incompréhension totale.
Nous montrons le plan à la jeune fille, lui indiquons où nous souhaitons aller et lui demandons quelle direction prendre.
La pauvre n’arrive même pas à se repérer sur le plan et je pense qu’elle ne comprend pas ce qu’on lui demande. Elle nous sourit et laisse échapper des petits bruits qui s’apparentent à des rires nerveux.

Plan métro Tokyo

Elle aussi tourne le plan dans tous les sens, à l’endroit, à l’envers, tout devient de plus en plus confus. Elle enchaîne les “Oooooooh” à l’intonation japonaise !
Cette jeune fille ne sait pas nous répondre mais reste là, debout, à fixer ce plan et lever son regard hagard en quête d’un indice au milieu de cette station. Elle n’exprime pas son ignorance.

22h56 : Certains d’entre nous insistent mais c’est peine perdue pour cette gentille jeune fille qui ne fait que sourire. Elle cherche une réponse qu’elle est incapable de nous donner.

Je suis peinée pour elle, car ce trop long moment « d’incommunication » lui fait rater son métro de 23h et le pire, c’est qu’elle semble gênée pour nous.

Ces 2 situations convergent vers la conclusion suivante :

Au Japon, on ne dit pas « non », on ne dit pas « je ne sais pas ».

Autant le 1er cas était drôle, autant le second l’est un peu moins car, involontairement, nous l’avons mise dans une position délicate.

Voici le constat que les codes culturels ne s’improvisent pas. La méconnaissance de cet aspect incontournable dans le fonctionnement comportemental japonais a mis ces 4 jeunes gens en situation très inconfortable et gênante.
Je serais même tentée de dire humiliante. Pour nous, occidentaux, ce terme est fort et synonyme de volonté de nuire.

Dans les 2 cas présents, il n’y avait de notre part, aucune intention de nuire, de blesser ou de manipuler, mais juste d’obtenir une information. Néanmoins, ces personnes ont pu ressentir de l’humiliation, car incapables de répondre.

Ne pas reconnaître qu’elles ne savent pas, leur permet de ne pas perdre la face quelles que soient les circonstances.

Car là réside une des problématiques nippones, ne pas perdre la face et ne pas la faire perdre à son interlocuteur. Les sourires ont donc servi à sauver la face.

Leur mécanique sociale est ainsi faite. Par conséquent, les japonais déploient un large éventail de diplomatie et de subtilités pour éviter de verbaliser le « non », « ce n’est pas possible », « je ne peux pas », « je ne veux pas » …, à travers des « peut-être », « je vais voir », « laissez-moi réfléchir », « un peu » …

Ce qui apparaît chez nous comme de la franchise ou l’expression de ses envies, est inconcevable pour un japonais. Il s’agit là, peut-être d’un comportement assertif maîtrisé.

Quoi qu’il en soit, lorsque vous partez au Japon, il est judicieux d’être attentif aux réactions des autochtones que vous avez face à vous.

Et surtout, lorsque vous décelez une incompatibilité ou un blocage dans l’échange verbal, trouvez un stratagème pour lui exprimer (avec le sourire et en s’inclinant légèrement vers l’avant), que vous n’avez plus besoin du renseignement, sinon, il ne partira pas et vous ne l’obtiendrez pas pour autant.
LIBEREZ votre interlocuteur !

Le Japon est un pays agréable et fantastique à visiter. La barrière de la langue ne doit nullement vous décourager de partir à sa découverte.
Et parfois, être égaré nous permet de tomber sur des pépites !

Bon plan : louez un wifi pocket  ICI et restez connecté quasiment partout au Japon. Grace à ce petit boîtier léger, vous pouvez accéder à n’importe quel moment à la fonction “Translate” par exemple et les échanges basiques avec les japonais n’en seront que plus facilités !

  • Se rendre au Kyoto Tower Hotel et accéder à l’observatoire  juste au-dessus du Lounge Bar.
    La Tour de Kyoto est une tour d’observation de la ville de Kyoto d’une hauteur de 131 mètres construite en décembre 1964. Elle fait face à la gare de Kyoto.

  Adresse : 600-8216 Kyoto Prefecture, Kyoto, Shimogyo Ward

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Cet article a 4 commentaires

  1. Pascale

    Bravo c’est magnifique !! Le site est gracieux dans son style graphique, les anecdotes sont savoureuses, les photos excellentes. J’ai hâte de lire la suite de tes exploits dans les (nombreux) lieux que nous avons partagés ensemble 😉
    A tout vite tout vite !! Pascalou

    1. Laurence

      Merciiiii ! Super si tu as apprécié. Les prochaines aventures arrivent très vite !

  2. Simonetta

    Bravo, Laurence! Quelle verve, subtilité, rêverie et humour dans ton écriture! Bonne soirée, et à bientôt.
    Simonetta

  3. Laurence

    Merci Simonetta ! Ravie de t’avoir “embarquée” dans ces articles ! Ton français est toujours aussi excellent ! Bon weekend.

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