A Cody, j’ai visé un cowboy avec une arme

A Cody, j’ai visé un cowboy avec une arme

Ce jour de septembre 2016 fut assez inédit, très spécial… et synonyme d’immersion dans le monde de l’Arme.

Lors de mon road trip dans le Midwest américain, j’ai fait une halte à Cody (Wyoming), ville de Buffalo Bill.
Y a pas à dire, on y sent vraiment l’esprit western des pionniers et la culture cowboy.

Immersion dans l’univers de Buffalo Bill…

Je me suis baladée en centre-ville, sur Sheridan Avenue (la Main Street locale).
Cette avenue est agréable, on y trouve une foultitude de magasins qui proposent des bottes cowboy, des chemises à carreaux, des gilets en cuir, des jeans, des selles en cuir, des couvertures typiques, des souvenirs du Far West et un peu d’artisanat amérindien.
Et une myriade de tee-shirts aux messages subliminaux …!

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Vêtements cowboy Cody Selle cuir Cody

Cette avenue est également le lieu d’une adresse mythique… Irma Hotel.

Ce nom est très riche historiquement.

The Irma Hotel Cody

L’inénarrable Buffalo Bill, de son vrai nom William Cody, fit construire cet hôtel en 1902, en l’honneur de sa fille Irma. A l’époque, il a déboursé 80.000$.
L’hôtel est aujourd’hui classé monument historique.

Je recommanderais vivement, soit d’aller boire un verre à l’immense bar en merisier recouvert d’argent massif et offert par la Reine Victoria, soit de dîner dans la magnifique salle du restaurant, à la décoration d’époque.

Durant la période estivale (juillet / août) et devant l’hôtel Irma, il est d’usage d’assister au Cody Gunfighters, spectacle qui met en scène entre autres, Buffalo Bill, Calamity Jane et Wild Bill Hickok (qui fut assassiné à Deadwood).

Retour vers le passé…

Alors, comme nous sommes en septembre, pas de Cody Gunfighters… du coup, je traîne un peu devant l’Hotel Irma.
J’admire sa structure en bois, je plonge mes pensées dans l’époque du Far West.

J’imagine ainsi l’effervescence de la vie de la ville…

Le bruit des diligences soulèvent des tourbillons de terre sur Main Street.

Les voyageurs fortunés en descendent et s’engouffrent, la valise à la main, dans l’hôtel Irma.

Les cowboys tout poussiéreux entrent dans le saloon au son du cliquetis de leurs éperons.

La femme du seul épicier de Cody se balade, toute apprêtée dans sa robe longue à froufrous, son ombrelle à la main.

Le Shérif attrape par le col un ivrogne sale et puant, qui importune une femme venue achetée du tissu pour coudre de beaux rideaux fleuris pour sa maison en rondins.

Buffalo Bill arrive à cheval, derrière un chariot débordant de peaux de bisons fraîchement chassés.

Le révérend de Cody sonne la cloche pour prévenir de l’office de 18h.

Les enfants au short élimé tenu par de grosses bretelles se poursuivent au milieu des bâtisses en bois, dans des grands éclats de rire.

Les ouvriers asiatiques du Kansas Pacific Railway s’affairent dans des conditions difficiles, à la construction du chemin de fer vers l’ouest…

… Bref, je pourrais encore continuer longtemps la description du cours de la vie à Cody au début des années 1900, mais n’oublions pas que je vais vous raconter comment j’ai tenu un homme en joue avec une arme !

L’univers de l’arme…

Donc, je reprends mes esprits et observe plus globalement mon environnement. Subitement mon regard bloque sur un magasin d’armes… oui, oui, oui, vous avez bien lu… une armurerie !

Je fais un aparté…

Attention, avec cet article, je ne prône absolument pas la légalisation des armes, ni leur usage. Je considère que c’est un fléau d’une dangerosité incroyable.
Les États-Unis prônent la banalisation de la détention et d’utilisation d’un objet de mort !

Le deuxième amendement de la Constitution américaine énonce :
A well regular Militia, being necessary to the security of a free State, the right of the people to keep and bear Arms, shall not be infringed.
« Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ».

Clairement, cet amendement reconnaît le droit de porter une arme à tout citoyen américain. Il fait partie des dix amendements écrits et votés le 15 décembre 1791 à l’occasion de la Déclaration des Droits (Bill of Rights).

Il faut savoir que 30% des américains détiennent une ou plusieurs armes.

Ce point étant précisé, on n’est pas là pour être effrayé, pleurer, polémiquer, s’indigner ou se révolter en brandissant une banderole au slogan
« NO GUN FOR LIFE ! ». (Il est chouette mon slogan, non ???)

Alors en fait, je suis très curieuse d’en savoir plus sur ces motivations dans l’univers des armes.
Curieuse de comprendre ce besoin vital à en détenir. Curieuse de parler avec une « vraie » personne qui vit avec son arme d’une manière tout à fait naturelle, comme on vit quotidiennement avec notre téléphone portable. Et curieuse de voir au plus prêt à quoi ressemble une kalachnikov !

Quoi de mieux pour répondre à mes questions que de pénétrer dans une armurerie à Cody, au monde western et règlements de compte en pleine rue, au passé pas si lointain !

Voilà, donc c’est décidé, je rentre dans le vaste magasin Gun Runner, facile à repérer avec son immense carabine montée sur le toit, comme une enseigne… impossible à rater.

Gunrunner Cody

J’avoue que dès mes 1ers pas, j’ai le souffle coupé. Je suis au milieu d’une grande surface où seuls les articles présentés sont des armes.
En vitrine, sur les murs, sur les longs présentoirs, au sol, suspendus au plafond, des mètres et des mètres et des mètres d’exposition d’armes sous toutes leurs formes.
Dois-je vraiment les énumérer ?

Bon… oui… !

Révolvers, fusils d’assaut, armes automatiques, mitrailleuses, fusils à pompe, carabines, munitions, poignards, grenades etc, etc

Mes yeux effarés se posent sur 2 petits fusils pour enfants ! Une carabine rose et une autre bleue !!! L’éducation de ce monde qui nous semble effroyable, commence vraiment tôt.

Rencontre avec Boss Gunner…

Je suis seule dans ce grand magasin et me balade tranquillement entre les rayons, sans qu’aucun vendeur ne vienne à ma rencontre.
Pourtant je les aperçois, ils sont 2, la soixantaine bien tassée.
L’un est hissé en haut d’un escabeau et réajuste les spots qui éclairent les armes accrochées au mur.
L’autre décharge une palette d’une montagne de boîtes de munitions.

Nonchalamment et l’air de rien, je m’approche de lui… l’envie de l’aborder me taraude depuis que je suis entrée dans cette antre dédiée à la violence.

Allez, j’y vais, je plonge et me jette du côté obscur de la force… de l’armement !

Je découvre qu’il s’agit du patron, ce magasin, c’est son propre business. Donc le Boss, à la moustache grisonnante bien taillée et à la tenue western, m’accueille avec un beau sourire réconfortant.
Je lui donne affectueusement ce petit nom de Boss Gunner…

Je retranscris cet échange sous forme de dialogue, ce sera plus facile à lire…

Boss Gunner en rouge
Moi en bleu

– Hi ! Je suis française. C’est impressionnant d’être ici. C’est la 1èrefois que j’entre dans un magasin d’armes.

– Mais tu ne dois pas être impressionnée, il n’y a rien de particulier à entrer dans un magasin d’armes !

– Oui mais chez nous, en France, ça n’existe pas.

– Ici, c’est légal et nous avons tous une arme.

Boss Gunner en profite pour soulever son polo et me montrer son holster en cuir à la ceinture. Avec son petit sourire en coin, il défait la pression d’une petite lanière et, tel un cowboy prêt à tirer, dégaine lentement son pistolet…

Instinctivement je fais un pas en arrière et je crois que mes yeux sont aussi ronds que des billes !

– Waouh ! Vous vous en êtes déjà servi ?

– Non, jamais.

– Ah bon ? Mais pourquoi vous en avez un, alors ? Vous l’avez toujours sur avec vous ?

– Oui toujours, tous les jours. Et on ne sait jamais, un jour, j’aurais peut-être le besoin de le sortir et de tirer.

– Tous les habitants d’ici ont une arme ?

– Oui et d’ailleurs, tout le monde se sent en sécurité. Tu ne trouveras aucune maison fermée à clef, ni les voitures d’ailleurs. Détenir notre arme nous donne une telle confiance et sécurité que l’on ne pense même pas à fermer nos maisons.

– Mais personne n’a été cambriolé ? Et si jamais ça arrive ?

– Non personne. Et si ça arrive, on retrouvera le cambrioleur et il passera un sale quart d’heure ! Tout le monde est solidaire ici. Donc si l’un d’entre nous a un problème, il a toute une ville derrière lui ! (Un peu plus de 10.000 habitants).

– Même les femmes sont armées ?

– Oui, il y en a pas mal. D’ailleurs, il y a quelques mois, une jeune femme s’est faite embêter par des gars, le soir en dehors de la ville. Elle a pu sortir son revolver de son sac à main. Les gars se sont enfuis.

– Ah oui, c’est sûr !

Un Glock dans mes mains…

Je pense que je devais regarder son révolver d’une façon un peu bizarre car Boss Gunner me dit :

– Tu veux le tenir ? C’est un Glock.

Arme Glock

Et là mes yeux s’écarquillent encore plus !

– Euuuhhhh… Oui (je lâche un tout petit « oui » timide)

Arme Glock

 

 

D’un geste plein de dextérité, il éjecte le chargeur de munitions, s’assure qu’il ne reste pas de balle dans la chambreet me tend son arme.

 

 

 

Je suis à la fois impressionnée et excitée. Je ressens une onde de chaleur lorsque je m’en empare. Allez, je le prends en main.

Wharf… qu’est-ce que c’est lourd ! Je l’observe sous toutes ses coutures. La crosse est épaisse et striée, le canon est court, des encoches sont prévues pour l’emplacement des doigts. Dans sa globalité, c’est une arme compacte et vraiment lourde.

Un peu plus assurée, je la lève des 2 mains et vise Boss Gunner, le cowboy de Cody !

Terrible sensation. J’emploie volontairement le terme terrible car je n’éprouve aucun plaisir (je ne sais même pas si « plaisir » est approprié).
Je me fais peur toute seule.

Et je suis certaine que si je me trouvais avec cette même arme dans un stand de tir, je me sentirais beaucoup plus cool, car c’est un lieu dédié pour cette activité de tir, très sécurisé et encadré.
En revanche, si j’étais en situation de danger immédiat et acculée pour tirer sur quelqu’un (de méchant !!!), je pense que je serais totalement pétrifiée !

Là, je suis dans un magasin ; le monde extérieur, le trottoir, les passants, les enfants sont à un mètre derrière moi, nous sommes séparés par une simple vitrine et je tiens à deux mains un Glock. C’est quand même énorme !

D’ailleurs, je n’imagine pas Boss Gunner prêter son arme à quiconque qui entre dans son magasin. Je me sens à la fois chanceuse et étrangère à la situation que je vis !

Mon émotion doit s’afficher sur mon visage, car Boss Gunner sourit (affectueusement) en me regardant.

Bon, j’ai arrêté de le viser et baissé le Glock.

Et c’est à ce moment qu’il me lâche :

– Quand vous avez eu les attentats en France, je suis sûr que, si vous aviez été armés, la situation aurait été différente. Vous auriez pu vous défendre et tuer les terroristes avant qu’ils ne tirent.

Hopela, terrain glissant…
Je choisis précisément ce moment pour lui rendre son Glock. Toujours avec autant de dextérité, il réenclenche son chargeur d’un geste sec et précis.

Là, mon anglais n’est pas assez précis pour développer et étoffer mon point de vue… donc je réponds sobrement :

– Non, je ne crois pas que ce soit la solution. Nous n’avons pas la même culture.

– Être armé, c’est assuré la sécurité de tous !

Mouais…

Sur ce, je lui dis merci de m’avoir consacré du temps et lui répète que son arme est vraiment très lourde.
Ni une, ni deux, il se tourne vers sa palette de boîte de munitions et m’en met une entre les mains…

Munitions armes

Wharf, c’est encore plus lourd que le Glock.

Bon, une évidence s’impose à moi… je ne suis pas assez costaud pour entrer dans l’univers de l’armement !

Quelles croyances pour les détenteurs d’armes ?

Ma demi-heure passée chez Gun Runner fut impressionnante et troublante. J’ai mis les deux pieds dans un concept bien ancré aux USA, à savoir leur rapport à l’arme. C’est presque une relation intime qui doit faire partie d’une vie au même titre qu’une relation amoureuse.

Ce que j’ai tiré (non, ce n’est pas un mauvais jeu de mot !!!) de cette rencontre avec Boss Gunner, c’est que l’esprit du Far West du 18èmesiècle, perdure au fil des décennies. Nous sommes au 21èmesiècle et le port d’arme est tout aussi indispensable et naturel (dans les états qui l’autorisent, bien sûr) que 250 années plus tôt !

Cody n’offre pas seulement une image touristique du Wyoming, avec ses soirées rodéos au Cody Nite Rodeo, ses représentations du Cody Gunfighters, son fantastique musée Buffalo Bill Center Of The West, sa visite de Old Trail Town où la vie des pionniers, des trappeurs et autres figures emblématiques du Wyoming est concentrée à travers de nombreuses cabanes en bois originales déplacées de tout l’État, ici même.

Non, ce ne sont pas que des clichés du monde des Grandes Plaines.
La vie à Cody est également une philosophie, une continuité de l’esprit western, une fierté de son histoire, un désir de la porter, de la faire connaître pour avoir le plaisir à la vivre encore plusieurs décennies.

Oui, je suis toujours contre la détention d’armes légalisée, mon opinion n’a pas changé, mais suite à cet échange, j’ai compris qu’il n’y avait pas d’animosité envers autrui, pas de besoin de se servir de son révolver à tout prix.
Non, il s’agit juste d’une identité pour sauvegarder cette philosophie cowboy, synonyme de sécurité, de défense du patrimoine et d’appartenance à une culture pas si ancienne que ça.

Cet article est le reflet d’UNE rencontre, non pas d’interviews d’un panel d’habitants de Cody.
Peut-être qu’échanger avec d’autres locaux m’aurait conforté dans l’opinion que les détenteurs d’armes sont des personnes irresponsables ou violentes, mais j’ai envie de rester sur ce moment enrichissant au Gun Runner avec Boss Gunner !

Et vous, vous êtes déjà entrés dans une armurerie aux USA ? Vous avez pu vous frotter à ce milieu ? Je vous attends dans les commentaires pour en parler…

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